J100 - Epidémie Ebola à virus BDBV en RDC

Mardi 01 Septembre 2026
Épidémie de maladie à virus Bundibugyo en RDC et en Ouganda –
Mise à jour au 100ème jour de l'épidémie (J100)
 24 août 2026
1. J100
Cent jours après la déclaration de l'épidémie de maladie à virus Bundibugyo (BDBV) en République démocratique du Congo (RDC), la transmission reste intense et continue de s'étendre géographiquement.

L'épidémie, initialement concentrée en Ituri, touche désormais six provinces de la RDC (Ituri, Nord-Kivu, Sud-Kivu, Haut-Uélé, Bas-Uélé, Tshopo).

L'Ouganda a signalé 20 cas confirmés et un cas probable, principalement importés de la RDC, avec une transmission secondaire limitée mais aucune transmission communautaire soutenue. L'épidémie ougandaise a été déclarée terminée le 28 juillet, bien que le risque de réintroduction reste important en raison de la transmission en cours dans l'est de la RDC, région voisine du Ouganda.
2. Situation actuelle
2.1 Epidémiologie
• Plus de 6 100 cas confirmés et 2 900 décès ont été signalés en RDC au 1er septembre, avec un taux de létalité brut proche de 48 %. L'Ituri reste l'épicentre de cette épidémie, représentant environ 84 % des cas cumulés.
• Le principal signal épidémiologique à J100 n'est pas simplement la poursuite de la croissance, mais la redistribution géographique de la transmission. L'activité a diminué dans certains foyers établis de l'Ituri, tandis qu'elle a augmenté de manière marquée au Nord-Kivu et dans le Haut-Uélé, touchant de nouvelles zones sanitaires et provinces. Au cours de la dernière évaluation sur 21 jours, le nombre de cas a augmenté d'environ 72 % au Nord-Kivu et de plus de 150 % dans le Haut-Uélé, tandis qu'il a légèrement diminué en Ituri.
• L'évolution initiale de cette épidémie est sans précédent. Au cours des 95 premiers jours, la moyenne mobile sur 7 jours a dépassé les 90 cas confirmés par jour, un chiffre nettement supérieur à celui observé lors des phases initiales correspondantes de l'épidémie en Afrique de l'Ouest de 2014-2016 et de l'épidémie en RDC de 2018-2020. Il s'agit désormais de la plus grande épidémie de virus Bundibugyo jamais enregistrée et de la deuxième plus grande épidémie de maladie à virus Ébola de tous les temps.

• L'incidence signalée doit néanmoins être interprétée avec prudence. Les capacités de diagnostic et de surveillance se sont considérablement renforcées ; une partie de la hausse observée reflète donc une meilleure détection des cas. À l'inverse, plusieurs indicateurs suggèrent fortement une sous-détection persistante :
- Environ 60 % des décès confirmés au cours des dernières semaines sont survenus en dehors des centres de traitement désignés pour Ebola ;
- De nombreux cas nouvellement diagnostiqués ne sont pas liés à des chaînes de transmission précédemment identifiées ;
- La mobilité de la population et l'insécurité entravent les enquêtes ;
- Les performances en matière de surveillance restent hétérogènes.

• La recherche des cas contacts s'est considérablement améliorée, passant d'une couverture d'environ 9 % au cours de la première semaine à environ 84 % à la mi-août. Près de 20 000 contacts font l'objet d'un suivi au 24 août mais les performances restent inférieures aux objectifs opérationnels, avec d'importantes disparités géographiques. De plus, une forte proportion de cas est survenue en dehors des chaînes de contact connues. Cela signifie que le pourcentage de cas contacts répertoriés ayant fait l'objet d'un suivi efficace surestime probablement la capacité globale du système de surveillance à détecter la transmission du virus.

2.2. Situation clinique
• Les capacités cliniques se sont également développées rapidement, passant de moins de 10 lits au départ à plus de 1 300 lits. Cependant, les chiffres nationaux masquent d'importantes contraintes locales :
- Plusieurs centres de traitement en Ituri sont saturés, les lits destinés aux cas suspects au Nord-Kivu ont atteint ou dépassé leur capacité maximale, et d'importantes lacunes subsistent dans le Haut-Uélé et la province de Tshopo.
- Les difficultés d'orientation vers des structures spécialisées, le manque d'ambulances et les disparités au niveau des infrastructures techniques continuent de retarder l'accès aux soins.

• Ces limites sont probablement en lien à la fois avec la fréquence élevée des décès au sein de la population et avec l'hétérogénéité géographique frappante de la mortalité. Les taux de létalité signalés dans plusieurs zones de santé du Nord-Kivu dépassent considérablement ceux observés dans les principaux foyers de l'Ituri, ce qui soulève des questions concernant le recensement des cas, les retards de prise en charge, les circuits d'orientation, l'accès aux centres de traitement (CTE) et la qualité des soins de soutien.

2.3. Traitements et vaccins
Il n'existe actuellement aucun traitement spécifique homologué dont l'efficacité contre le virus BDBV soit établie. Les soins de soutien restent donc essentiels, tandis que l'essai de la plateforme PARTNERS évalue le MBP134, le remdesivir et leur association. L'obeldesivir est également évalué en tant que prophylaxie post-exposition. L'étude MBOTE sur l'histoire naturelle de la maladie apporte des données cliniques complémentaires.

Il n'existe aucun vaccin autorisé dont l'efficacité chez l'homme contre le virus de Bundibugyo ait été démontrée. L'ERVEBO, autorisé contre le virus Ebola Zaïre, semble présenter une réaction croisée partielle dans des premiers travaux exploratoires (études animales chez le furet et le primate non humain et humaines à partir de la bio banque de l'étude PREVAC). Une étude de cohorte pour les soignants exposés sur place est en cours de mise en place. Des candidats-vaccins spécifiques contre le BDBV sont en cours de développement. Le candidat-vaccin ChAdOx1-BDBV d'Oxford est entré en phase I d'évaluation. Un candidat à base d'ARNm en est également aux premiers stades de développement clinique.

2.5. Contexte social et opérationnel
• Au-delà des interventions biomédicales, le contexte social et opérationnel reste un facteur déterminant majeur de la transmission. Le refus d'orientation vers des structures de soins, des prélèvements post-mortem, de la décontamination et des règles de sécurité pour les enterrements ainsi que la méfiance des communautés continuent d'être signalés. La désinformation et les rumeurs coexistent avec une insécurité persistante, des attaques affectant les activités de soins et des difficultés à atteindre certaines communautés.

Les infections chez les professionnels de santé restent importantes, avec plus de 150 cas confirmés et plus de 40 décès au 24 août. Parallèlement, les retards de paiement, le mécontentement concernant les indemnités, l'épuisement et le retrait occasionnel des agents de première ligne affaiblissent un système de réponse déjà mis à rude épreuve. Ces facteurs doivent être considérés comme des déterminants épidémiologiques plutôt que comme des problèmes opérationnels secondaires.

3. Ouganda : une comparaison utile
• L'Ouganda présente un tableau épidémiologique différent. Les cas importés et la transmission secondaire limitée ont été rapidement identifiés et maîtrisés, sans propagation communautaire durable. Tous les contacts connus ont fait l'objet d'un suivi complet et aucun autre cas n'a été détecté, bien que l'épidémie qui se poursuit de l'autre côté de la frontière fasse peser un risque significatif de réintroduction.

• L'Ouganda dispose de capacités de diagnostic et de surveillance particulièrement étendues pour les fièvres hémorragiques virales (FHV). Son système national de surveillance prend systématiquement en compte Ebola, Marburg, la fièvre de Lassa et la fièvre hémorragique de Crimée-Congo (FHCC) pour le diagnostic différentiel des syndromes de fièvre hémorragique aiguë. Cette surveillance biologique étendue permet donc de détecter non seulement le BDBV, mais aussi la circulation sporadique d'autres virus à fort impact. Un cas de maladie à virus de Marburg a, par exemple, été identifié dans l'ouest de l'Ouganda en juin 2026, tandis que la FHCC et d'autres FHV ont été détectées à plusieurs reprises par les systèmes de surveillance ougandais.
Cela nous rappelle que le diagnostic renforcé des épidémies peut révéler une écologie plus large d'infections hémorragiques virales peu fréquentes, plutôt qu'un paysage à agent pathogène unique.

4. Pourquoi cette situation présente-t-elle un enjeu pour la communauté sanitaire internationale ?
• La trajectoire de propagation initiale de cette épidémie est sans précédent pour le virus BDBV et considérablement plus rapide que les phases précoces des précédentes épidémies majeures d'Ebola. Parallèlement, cette épidémie combine plusieurs enjeux directement liés à la préparation nationale, européenne et internationale face aux maladies infectieuses : cas importés, reconnaissance clinique des fièvres hémorragiques virales rares, diagnostics de laboratoire, isolement de haut niveau, prévention des infections, prise en charge des professionnels de santé exposés, et prise de décision concernant les traitements et vaccins expérimentaux.

• Le cas importé pris en charge en France et l'évacuation médicale des intervenants internationaux démontrent également que l'Europe est opérationnellement liée à l'épidémie, même si le risque d'une transmission durable sur le continent reste faible.

5. Évaluation
A J100, l'épidémie doit toujours être considérée comme non maîtrisée, bien qu'elle présente une grande hétérogénéité géographique. Le problème crucial réside dans l'interaction entre une transmission virale intense et persistante et une couverture opérationnelle incomplète. Les capacités des laboratoires, les capacités de traitement et la recherche des cas contacts se sont toutes considérablement développées, mais la transmission s'est étendue géographiquement en même temps.

L'épidémie est donc alimentée par une combinaison de facteurs :
• une transmission persistante en dehors des chaînes identifiées ;
• un accès retardé au diagnostic et au traitement ;
• des capacités inégales en matière de recherche des cas contacts ;
• la mobilité de la population et l'insécurité ;
• l'exposition du personnel de santé ;
• la méfiance de la population et la désinformation ;
•  la vulnérabilité des équipes mobilisées pour répondre à l'épidémie

La comparaison avec les épidémies précédentes est utile : L'épidémie de 2014-2016 en Afrique de l'Ouest a finalement atteint plus de 28 000 cas, tandis que celle de 2018-2020 au Nord-Kivu et en Ituri a causé environ 3 500 cas en près de deux ans.

Le contraste est encore plus frappant lorsqu'on compare leurs premières phases d'évolution. Au bout d'environ 100 jours (J100), environ 800 cas avaient été signalés lors de l'épidémie de 2014 en Afrique de l'Ouest et environ 300 lors de l'épidémie de 2018 au Nord-Kivu et en Ituri. Pour rappel, plus de 5 300 cas confirmés et 2 500 décès ont désormais été signalés en RDC dans le cadre de l'épidémie actuelle de BDBV à J100.

Bien qu'une comparaison directe soit compromise par des différences majeures en matière de capacités de surveillance, de recensement des cas et de déclaration d'une épidémie à l'autre, l'ampleur et la rapidité de l'évolution actuelle signalée sont sans précédent. De plus, la forte proportion de décès communautaires et de cas apparaissant en dehors des chaînes de transmission connues suggère qu'une sous-détection importante pourrait persister malgré des capacités diagnostiques nettement renforcées.

Paradoxalement, la réponse actuelle dispose de moyens qui n'étaient pas disponibles au début de la crise en Afrique de l'Ouest : diagnostics moléculaires décentralisés, surveillance génomique, modèles de CTE bien établis, plateformes internationales d'essais cliniques et coordination régionale renforcée.
Le paradoxe est donc particulièrement frappant : la progression la plus rapide d'Ebola jamais signalée survient à un moment où les capacités techniques de détection et de riposte n'ont jamais été aussi importantes. Le défi actuel réside moins dans l'absence d'outils techniques que dans la difficulté à les déployer de manière suffisamment rapide et cohérente dans un contexte épidémique en expansion, mobile et socialement fragile.

Analyse à jour au 24 août 2026.

Sources principales :
DRC Ministry of Health/INSP Ebola SitReps
WHO AFRO Weekly External Situation Reports
WHO Disease Outbreak News and D100 communication
WHO/Africa CDC vaccine and preparedness updates
Données pertinentes de surveillance des fièvres hémorragiques virales (FHV) en Ouganda