Prendre en charge les patients - fiches pratiques

     

=> voir également :
- les informations pour le patient diagnostiqué (fiche patient)
- les Ressources complémentaires

version du 21 juin 2022

La variole du singe « monkeypox » (orthopoxvirus / poxviridae) est apparentée à la variole. Les foyers épidémiques habituels se situent en Afrique, mais en mai 2022, des cas sans notion de voyage ni de contact avec des voyageurs en provenance de pays à risque ont été identifiés.
Repérer et établir un diagnostic clinique
Patient suspect = Tableau clinique ET Expositions compatibles => un repérage précoce permet de mieux protéger l'entourage
►Signes d'appel - Incubation habituelle de 7 à 14 jours [min 5 j - max 21 jours]
Tableau clinique - Eruption évocatrice = macules - vésicules, pustules, parfois de grande taille, avec ombilication centrale, parfois nécrotique, pseudofolliculites, inflammation péri-lésionnelle, pouvant atteindre tout le corps notamment paumes et plantes de pieds, visage, cuir chevelu. Poussée unique en général, mais possibilité de lésions d'âges différents. Douleurs lors des poussées, peu de prurit. Guérison en 2 à 4 semaines, avec formation de croûtes, elles-mêmes encore infectieuses. Eruption isolée, précédée ou accompagnée d'une fièvre ressentie ou mesurée (>38°C), d'adénopathies, d'une odynophagie, d'une atteinte muqueuse génitale ou anale.
Exposition depuis mai 2022 : cas mondiaux autochtones liés à des transmissions cutanées lors de rapports sexuels.
Historique : Retour d'Afrique (Nigeria, bassin du Congo, RDC), contact avec animaux (rongeurs, singes), consommation de viande de brousse, contact avec patient infecté (lésions cutanées, affaires personnelles - intrafamilial).
Diagnostic différentiel : herpes virus, rougeole, variole, infections bactériennes cutanées, syphilis secondaire, dermatite bulleuse non-infectieuse, gale, allergies – détails = fiche Aide au diagnostic.
 
Recours à l'expertise pour diagnostic et orientation : infectiologue référent, via Centre 15 si besoin
 
Protéger (ville / établissement de santé / transport sanitaire)
Dès la suspicion – transmission interhumaine directe et indirecte, respiratoire et contact
Patient contagieux du début des symptômes jusqu'à guérison complète des lésions cutanées => ISOLEMENT
Patient : masque chirurgical + hygiène des mains + couvrir les lésions cutanées.
Soignant, protégé des formes graves si antécédent de vaccination variole : précautions AIR + CONTACT =>
SHA, masque FFP2 ajusté - Fit check, lunettes, gants si contact avec lésions. Protection de la tenue avec surblouse, et en cas de contact rapproché de type toilette : tablier ou de préférence surblouse étanche, couvrante.
Traitement des surfaces : désinfectant norme 14476 (ANSM).    ► Déchets de soins : filière DASRI.
Identification précoce des personnes contact à risque : avec ARS pour contacts communautaires, équipes d'hygiène et santé au travail pour contacts en milieu de soins. Discuter vaccination dans les 4j après le contact à risque, au maximum 14j selon recommandations HAS (balance bénéfice-risque individuelle à évaluer). Intérêt d'une vaccination précoce chez un patient à risque de forme grave.
Prendre en charge – diagnostic biologique
Recherche de signes de gravité : létalité peu documentée (jusqu'à 10% des cas en Afrique). Les complications pouvant être : éruption majeure (plus de 100 vésicules), formes digestives, ORL avec compressions locales, atteinte cornéenne, signes encéphalitiques, sepsis, surinfection, pneumopathie. Ces formes-là nécessitent une hospitalisation en ESR, voire en CHU si conditions de prise en charge clinique et biologiques adaptées (cf avis HCSP).
Populations plus à risque de formes graves : immunodéprimés, grossesse car transmission materno-foetale / périnatale possible avec formes graves du nouveau-né, attention particulière pour les enfants (forme plus sévère).
Population possiblement partiellement protégée : vaccinés variole (nés < 1977).
Diagnostic par test PCR chez patient symptomatique uniquement => Prélèvement de lésion, de préférence en ESR, sinon ES de proximité, sinon laboratoire de ville : croûtes, écouvillon sec en frottant plusieurs vésicules, voire biopsie, puis milieu de transport + oro ou naso-pharyngé. Acheminement triple emballage vers laboratoire L3 pour diagnostic en ESR (ou autre établissement de santé désigné par l'ARS), CNR ou CIBU.
Traitement du patient : symptomatique (paracétamol, antihistaminiques si prurit), traitement spécifique au cas par cas selon expertise : tecovirimat SIGA, brincidofovir, cidofovir, immunoglobulines (cf avis HCSP).
► Penser aux infections Chlamydiae trachomatis / Gonocoque / Syphilis si contexte de rapports sexuels non protégés : traitement probabiliste si symptômes évocateurs (urétrite, ano-rectite…) par ceftriaxone / doxycycline si difficultés de dépistage du fait du L3, ou prélèvements à distance (J15/30)
Alerte : ARS - Maladie à déclaration obligatoire (MDO).
 

Monkeypox : Exposition et Clinique
pour les soignants de 1ère ligne

Exposition
Depuis mai 2022 - Provenance d'un foyer/cluster européen - Contact avec tout patient infecté (ses lésions cutanées ou objets/linges contaminés) intrafamilial, rapport sexuel.

Clinique
version du 3 juin 2022
Qu'est-ce que le Monkeypox ? Comment se transmet-il ?
Le Monkeypox est une maladie due à un virus qui circule habituellement en Afrique centrale et de l'Ouest et, depuis mai 2022, dans différents pays du monde. Elle peut être transmise par des rongeurs ou des primates (d'où son nom). Elle se transmet aussi entre personnes, en particulier la famille et les proches. Le virus est apparenté à la variole mais le Monkeypox est moins grave.
Dans la majorité des cas, les malades ont des symptômes légers qui peuvent être traités à domicile, et vont disparaître en 2 à 4 semaines :  d'abord fièvre, maux de tête, courbatures notamment dans le dos, et ganglions dans le cou ou à l'aine ; après 1 à 3 jours, apparition de boutons sur le visage, puis très rapidement sur tout le corps, jusqu'aux paumes des mains et plantes de pieds, et qui se transforment en croûtes puis tombent. La guérison est sans séquelles avec des soins appropriés. Les personnes immuno-déprimées, les femmes enceintes et les jeunes enfants seraient plus à risque de développer une forme grave de la maladie.
Depuis les premiers signes, jusqu'à la cicatrisation complète de la peau, la personne malade est contagieuse. Le virus se transmet par contact direct avec la peau ou les muqueuses (bouche, rapports sexuels), ainsi que par les gouttelettes (salive, éternuements, postillons…). On peut également se contaminer au contact des croûtes tombées et de l'environnement du malade (literie, vêtements, vaisselle, linge de bain…). Il est donc important que les personnes malades respectent un isolement pendant toute la durée de la maladie.
Que faire au domicile pour se soigner et protéger mes proches ?
=> Bien respecter le traitement donné par le médecin, car certains médicaments sont à éviter (ne pas prendre d'anti-inflammatoires notamment)
=> Quelques conseils d'hygiène :
  • Mains propres, ongles courts, ne pas se gratter, ne pas toucher les boutons
  • Se laver les mains avant tout contact et régulièrement en utilisant de l'eau et du savon ou une solution hydro-alcoolique
  • Eviter de prendre des bains, privilégier les douches et se sécher en tamponnant (sans frotter)
  • Laver ses affaires personnelles séparément (vaisselle, linge à 60° si possible)
  • Nettoyer/désinfecter régulièrement les surfaces touchées, surtout sanitaires (1 fois par jour), avec les produits habituels
  • Si des croûtes tombent, elles peuvent être contagieuses, de même que les pansements et bandages souillés : les mettre dans un sac-poubelle spécifique à fermer, puis mettre dans un autre sac poubelle à fermer avant de le jeter avec les déchets ménagers
=> Il vous est recommandé de vous ISOLER chez vous, durant le temps défini par le médecin :
  • Si possible dans une pièce séparée, pas de sortie ni de visite, sauf indispensable (médicale par exemple)
  • Éviter tout contact physique (pas d'embrassade, contact peau à peau…) 
  • Porter un masque chirurgical en présence d'autres personnes
  • Couvrir au mieux les éruptions ou boutons (vêtements, pansements)
  • Ne pas partager ses effets personnels (objets, vaisselle, vêtements, linge de maison)
  • Eviter tout contact avec les animaux domestiques (possibilité de transmission)
=> Conseils aux proches : se laver les mains régulièrement, éviter tout contact direct (peau à peau) avec la personne infectée ou ses effets personnels (vaisselle, linge, …) et porter un masque chirurgical à sa proximité.
 
Un avis médical est nécessaire, si…
De nouveaux signes apparaissent : sur la peau => rougeur, douleur, chaleur et gonflement, fièvre supérieure à 38° pendant plus de 5 jours, toux / crachats, difficulté à respirer, mal de tête, désorientation, difficulté à vous déplacer, baisse de la vision
=> médecin responsable du suivi - numéro à appeler : ………………………………………….ou  Centre 15